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1793 : dernière lettre d'un fédéraliste condamné à mort lyonnais

Etienne Romany, domestique demeurant à Ste Foy est emprisonné. Né 46 ans plus tôt à Renesson (département de Rhône et Loire), il est accusé d'avoir favoriser le fédéralisme à Lyon et d'avoir prit les armes contre la République. Membre du comité de surveillance de la section de l'Egalité, il est à l'Hôtel de Ville de Lyon durant le siège, ce qui lui vaut cette accusation. Arrêté après le siège, il est emprisonné et en attente de son jugement. Le 4 Frimaire an II, Etienne Romany de sa prison, d'une écriture maladroite il adresse son désespoir à son confrère le citoyen Molard ainé, cordonnier, secrétaire du comité révolutionnaire de la section de l'Egalité, demeurant 30 rue du Bat d'argent à Lyon.

 

"Citoyen et cher confrère

Je suis toujours détenu dans la chapelle de l'Hôtel Commun toujours souffrant sans savoir qu'elle sera mon triste sort. Tout les jours ma détention me devient plus triste. J'aurait préféré être fusillé le premier jour de mon entrée que d'avoir autant d'ennui que j'endure. Tu sais ce que c'est d'avoir une femme tant que la mienne, quoique malade, a pu me venir voir, j'ai encore pris patience; mais à présent qu'elle est tout de bon alitée, je ne puis plus y tenir, je ne puis plus dormir ni jour ni nuit. Je ne désire rien tant que la mort. Plus au ciel fusse aujourd'hui le dernier jour. Si j'osais te prier de me venir voir et que tu voulut le faire, ce serait pour moi une grande satisfaction. Je ne puis me figurer ce qui peut être cause de ma détention, ni je ne demande pas à la savoir, je crois cependant que l'on a rien à dire sur mon patriotisme, il a toujours été celui d'un vrai républicain. Si tu voyait que de bons républicains sont détenus tu en gémirais, mais ce qui nous fait le plus grand plaisir c'est de voir quantité d'accapareurs et d'agioteurs qui ne pensent point à perdre la vie mais qui ne cessent de penser combien on va leur prendre; et moi qui ne craignait rien tant que la guillotine après le 29 Mai. Si on avait prouvé ce que j'avait fait avant le 29 Mai contre les agioteurs, je te le dirai lorsque je pourrai te parler, je te dirai aussi une histoire qui m'est arrivée avec un célèbre aristocrate un jour chez moi que je manquait à le jeter par les fenêtres et que je t'en donnerait des preuves si j'avais eu le malheur qui se fut trouvé à Lyon après le 29. J'était bien apeuré de rester longtemps en prison. Etant au comité de surveillance j'ai refusé de prendre des dénonciations d'autres que l'on me donnait par écrit des gens d'autres sections, savoir une contre toi et trois contre Carrand que emplace de les porter à l'hôtel commun, je les ait toutes déchirées. D'ailleurs quelle mal peut on me reprocher puisque je n'y ais pas resté peut être en tout quatre jours. Jamais je n'ai mis les pieds à l'hôtel commun, qu'une fois pour le citoyen Bobot que son épouse me vient me demander s'il y avait  des dénonciations contre lui, mais comme il y avait plus de huit jours que je n'avais pas été au bureau je ne savais pas s'il y en avait , alors je fus au bureau visiter le livre et de là à l'hôtel commun où j'eus mille peines de savoir s'il y avait des dénonciations contre lui mais il n'y en avait pas. Tu peux parler au citoyen Lafage et tu verras si je vous faisait contre. Je te donnerai certificat de tout ce que je dit ainsi mon cher ami je te prie vu tous mes exposés de vouloir faire tout ce qui dépendra de toi pour me faire sortir. Je te prie me venir voir ou me faire réponse. Tu obligeras infiniment ton ami.

Romany

Je donnerai preuve que je n'ai pas pris les armes le 29 Mai qu'au contraire je n'au cessé de pleuré ce jour sur le sort des patriotes sans pouvoir sortir vu que mon épouse se trouvait mal à tout moment en attendant un si terrible carnage."

 

 

Malgré sa justification, Romany est jugé et exécuté le 28 Décembre 1793 (8 Nivôse an 2).

 

Jérôme Croyet

docteur en histoire

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