été 1944 : la Freiwilligen Stamm Division dans l'Ain

La Freiwilligen Stamm Division

 

 

La Freiwilligen Stamm Division est formée en janvier 1944 dans le sud de la France[1], de Russes, Ukrainiens, Georgiens, Turcs & Caucasiens du Nord en cinq régiments sous les ordres du major-général Von Henning. Le commandant Karl Koch est l’officier des renseignements à la Freiwilligen Stam Division.

Ces troupes reçoivent des effets étrangers retaillés et des uniformes allemands déclassés (genre modèle 36). L’armement et l'équipement est très hétéroclite avec notamment des armes de récupérations russes.

Anti-bolchéviques et « attachés plus que tout à leur liberté, [ils] avaient rejoint volontairement les rangs de l’armée allemande. Sous l’égide du colonel Helmut Von Pannwitz, commandant en chef des unités Cosaques, ils avaient délibérément choisi de grossir les rangs de ceux qui combattaient leur ennemi de toujours : le bolchevisme. Malgré cette haine farouche qu’ils nourrissaient contre ceux qui attentaient à leurs traditions, les Cosaques n’obtinrent que très difficilement d’être acceptés par l’état-major allemand. Celui-ci rechigna longtemps à utiliser ces troupes... Tout juste en fit-on des nettoyeurs à impliquer dans les basses besognes…Hitler les avait par trop occupé à traquer des insurgés qui, comme eux-mêmes en définitive, dénonçaient manu-militari le dictat des régimes autoritaires »[2].

Durant l’été 1944 la division est cantonnée entre Ecully, Bourg dans les casernes Aubry et Brouet (3e Kaukasische Freiwilliger [3] Regt 836) mais aussi Mâcon à la caserne Duhesme (Turkestan Est commandé par le major Mikka), Chaumont à la caserne Foch sous les ordres du commandant Kupper[4], Dijon, Langres à la caserne Turenne sous les ordres du capitaine Biagoff[5] et Pontarlier (cosaques du Kuban). De début juillet au 15 ou 20 août 1944, des lithuaniens, perçus comme des Mongols par les civils, cantonnent au camp de la Valbonne.

A partir du mois de juillet, l’unité est engagée dans la lutte contre les Maquis de l’Ain tuant, pillant et violant sur les schémas d'action établis en Russie. Le 18 juillet 1944, à Cuisiat, Pressiat, Chevignat, Roissiat, Verjon et Poisoux, 278 bâtiments sont anéantis par les flammes. Des centaines d’habitants sont ruinés, sans logements ni ressources. Le 5e régiment rafle et tue à Bourg puis Oyonnax les 10 et 16 juillet mais massacre aussi horriblement à Dortan, tuent sans discernement à Joyeux le 13 août. Les cosaques de l’Est Turkeistan sévissent à Bourg tandis que le régiment 371 sévi à Cerdon. Dans l’Ain, du 10 au 21 juillet 1944, le Stamm Division est responsable, directement ou indirectement, de 1 175 arrestations, 184 assassinats, 34 viols et 247 incendies de maisons, sans compter les coups, les tortures et les pillages.

Les Maquis de l’Ain et du Haut-Jura réussissent à arrêter 120 cosaques du Kuban responsables des atrocités de Dortan. Contre l’avis de leurs chefs, les hommes les fusillent le long de la voie de chemin de fer au fort des Rousses.

« Ceux qui ont survécu par la suite aux combats contre les armées de la Libération, ont capitulé collectivement. Contre la promesse d'un traitement décent, tous ont rendu les armes en mai 1945, dans le sud de l'Autriche, aux pieds des Anglais commandés par Harold Alexander. Mais…tous les prisonniers cosaques ainsi que les autres Russes blancs engagés dans la Wehrmacht ont été finalement vendus par l'état-major anglais aux Soviétiques. L'Armée rouge, n'ayant pas apprécié le comportement de ceux qui se sont révoltés contre Staline, a déporté les quelques 50000 Cosaques concernés dans un souci extrême d'épuration politico-ethnique, et condamné à mort les principaux généraux renégats le 16 janvier 1947 » [6].

            Si les Russes-blancs n'ont pas été mis au box des accusés au procès de Nuremberg, dans l'Ain leur conduite a été examiné par la Section de Recherche des Crimes de guerre. Ces unités auxiliaires de la Werhmarcht, passées dans la douloureuse mémoire sous le terme flou mais cristallisant de Cosaques ou Mongols, sont citées plusieurs fois dans les rapports de gendarmerie constatant des viols, des assassinats, des meurtres ou des pillages à Belleydoux, Bourg, Cerdon, Chalamont, Châtillon-le-Palud, Chavannes sur Suran, Collonges, Courmangoux, Dortan, Izernore, Jasseron, Joyeux, Lagnieu, Léaz, Matafelon, Mijoux, Neuville sur Ain, Saint-Laurent, Vanchy, Versailleux, Villars, Viriat, comme criminels de guerre.

 

par Jérôme Croyet

 

docteur en Histoire, président de l’association SEHRI

 



[1] C’est en novembre 1943, que l’Ost-bataillon 661 arrive sur le secteur de Trayas, dans le Var. Il fait face au 1er bataillon du 141st régiment d'infanterie américain qui débarque à Anthéor le 15  août 1944. L’Ost-Bat 661 y oppose très peu de résistance et nombre d'entres-eux seront faits prisonniers par les américains.

[2]  DUPASQUIER (Jérôme) : Juillet Rouge. M&G éditions, Bourg-en-Bresse.

[3]  Auquel est rattaché le Panzer Züg 32 commandé par le lieutenant Wolters.

[4]  Feldpost n°19 711.

[5]  Feldpost n°19 711 A, 56 188, 42 580, 56 118 et 47 648 A.

[6]  DUPASQUIER (Jérôme) : Juillet Rouge. M&G éditions, Bourg-en-Bresse.

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