1754 : Mandrin dans l'Ain

 

L’AIN DES MANDRIN

 

En 1754, le Bugey et la Bresse sont parcourus par une troupe de 152 contrebandiers armée militairement venant de Savoie avec à leur tête un dauphinois du nom de Louis Mandrin. Ce dernier, impressionnant mais séducteur, est le fils aîné d’un riche paysan ruiné. Travaillant pour la Ferme Générale durant la guerre de Succession d’Autriche, cette dernière, à la paix, refuse de lui payer son travail. Avec la pendaison de son frère cadet pour faux monnayage sur d’un employé de la Ferme Générale, il entre dans la bande de Jean Bélissard et en devient rapidement le chef.

C’est au cours de cette 5e campagne que la troupe marque l’histoire du département en prenant Bourg. Le 3 octobre 1754, elle arrive à Bellegarde au couché du soleil puis à Nantua dans la nuit. Après avoir essayé de piller les caisses publiques de cette ville, la troupe se dirige à Cerdon puis Neuville sur Ain. Le 5, vers 11 heures du matin, la ville de Bourg n’est plus bonne ville de France : Mandrin accompagné de sa bande l’occupe. Intelligemment, il place des vedettes armées dans toutes les rues et défend aux habitants de sortir de leurs maisons. Il se rend chez le directeur de la Ferme Générale, de la Roche, où il surprend son épouse à sa toilette. Obligée de le suivre, il lui demande de lui compter 20 000 livres en échange d’une cargaison de tabac. Pour se faire, l’épouse du directeur de la Ferme se fait accompagner par le chevalier Chossat chez l’intendant du Roi, Joly de Fleury qui donne les ordres pour faire livrer cette somme par le receveur des tailles Varenne de Fenille. Afin de faire les choses correctement, Mandrin délivre une quittance. Mandrin raccompagne la femme de la Roche chez elle et va s’excuser auprès de l’Intendant. Dès lors, maître de la ville, il conduit sa troupe faubourg des Halles où ils font la fête dans les cabarets donnant à sa amour de la bonne chère, du vin, des femmes et du tabac sa libre expression. S’il aurait essayé d’extorquer 1000 écus à l’entreposeur de tabac Delalande, ce qui est sûr, c’est qu’à 15 heures, une partie de sa troupe, «extrêmement échauffés ou pris de vin », entre dans la prison de la ville pour en libérer 10 prisonniers, détenus pour contrebande et dettes, ce que constate un procès verbal dressé à 16 heures. Quittant Bourg, la troupe se rend en Bourgogne par St Paul de Varax, Châtillon en Dombes, St Trivier et Thoissey.

Louis Mandrin n’est pas le seul de sa famille à marquer le département. En 1759, dans la nuit du 3 au 4 mai, son frère Antoine et sa bande vole le châtelain de Ballon, le notaire Rendu, à Lancrans. Comme Louis, vendu par une femme en 1755 et roué vif à Valence le 26 mai, Antoine est pris et condamné à 3 ans de galère. A Bourg, Mandrin laisse dans la mentalité collective l’image d’un brigand violent, comme son caractère, au point qu’il devient le comparant de référence lorsque l’on veut parler en mal de quelqu’un.

Jérôme Croyet

article publié dans le Progrès en 2005

 

 

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